Jeudi 6 novembre 2008



On marche dans des couloirs sombres, les murs tapissés d’étranges inscriptions, bardées de giclures de sang ; au sol, des cadavres, des membres déchiquetés qu’on écrasent de nos pas, de la fumée s’échappe ici, des étincelles jaillissent là bas, devant une silhouette aux appendices acérés, qui s’enfuit…en parcourant les salles dévastées du vaisseau Ishimura, on entend des drôles de bruits…des chuchotements, au loin, d’une voix féminine qui chantonne une berceuse, des cris de souffrance, étouffés par des chuintements, des feulements, des ronronnements de créatures tourmentés, tapies dans les entrailles de métal des conduits d’aération ; il y a aussi des chutes d’objet, des pas qui résonnent, des échos inconnus, des choses se cachent, des choses malfaisantes qui rôdent, qui nous observent de leurs globes éclatés, à quelques mètres, à quelques secondes, et elles peuvent surgir à tout instant…

 

On ouvre une porte…quelques pas et le mur de droite qui s’éventre, apparait un humanoïde aux yeux exorbités, la langue pendante sur une double mâchoire, les tripes ouvertes, des protubérances grotesques, deux gigantesques pattes aiguisées sortant de son dos…une rafale de trancheur…il perd ses jambes…il rampe en exsudant un râle terrible, sa folie meurtrière décuplée par la douleur…une deuxième rafale lui sectionne l’épaule…sur le mur d’une des premières salles du jeu, cette inscription : « Cut Off Their Limbs » [coupez leur les membres].

 

Invasion de monstres dans le navire d’extraction minière, rarement présents dans les pièces, plus souvent recroquevillés dans une cache au plafond, dans un coin, sous le sol. Même quand la gravité n’est plus en fonction, on est littéralement cul par-dessus tête et il faut alors viser encore plus juste…avant qu’ils ne vous encerclent définitivement.

Car ils sont vifs…ils peuvent infecter d’autres cadavres pour donner naissance à un autre monstre ; de leurs ventres, peuvent surgir d’autres créatures, comme ces aliens aux visages de bébés (infection de fœtus !), ces dépouilles sanguinolentes, dans leurs cocons de pourriture, pendant aux murs, vomissant des tentacules, comme ces géants grondants, aux carapaces épaisses…comme ces scorpions, autrefois humains, charriant leur putréfaction sur les murs…

 

Les graphismes sont splendides, l’interface arborant des très beaux hologrammes pour toute les données du jeu : inventaire, messages vidéos, objectifs à atteindre…seule la carte, absolument illisible, est critiquable…la vue est en 3ème personne, derrière le RIG, cette armure , à l’esthétique très Bioshockienne, du héros, et elle est magnifique (on tourne autour du héros, on s’immerge très vite dans son environnement), certes, on la maudit quand des ennemis courent à nos trousses car il n’y a pas de demi-tour rapide, comme dans un Resident Evil, on ne connaît pas la distance qui nous sépare de leurs lames…

 

L’environnement est tout aussi létal, l’ambiance, bien connu, de l’arrivée dans un endroit clos où un massacre a eu lieu, sublime la poésie d’une folie collective : celle d’un fanatisme religieux épris d’éternité…

 

Quel sentiment de solitude, un sentiment plus poussé que dans Metroïd Prime, peut-être même plus que dans Bioshock…similitude du vide qui nous entoure, la mer, l’espace…

 

On l’aime ce découpeur plasma, c’est notre seul véritable allié dans ce cauchemar spatial inouï de poésie morbide…ah ces phases de gravité zéro où les corps flottent autour de nous…



Par Bardamu - Publié dans : Jeux Vidéo
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Jeudi 23 octobre 2008


Les violeurs, les chefs d’entreprise, les manants, les curés, les arabes, les noirs, la télé…tout le monde en prend pour son grade, même le public (une certaine Aurélie, ce soir est « conviée » par Didier Super à venir chanter en duo…elle s’apprête à monter sur scène, il la toise avec un regard pervers : « attends d’avoir l’air vraiment bête pour rougir »/ « Moi, je fais çà pour humilier les gens »…

 

Il entre et puis regarde le public… « Alors qu’est ce qu’on a, ce soir ? (un temps) Alors, un public de merde… (Un temps) une ambiance de merde… » 

 

Il attache sa guitare avec du scotch marron « vous avez une idée du budget à la culture, maintenant »…

 

Il ponctue ses tirades antivieux, anti-jeunes, anti-canidés, anti-technicien en pouffant et dévoilant une dentition contrariée, de larges binocles, une bedaine d’hobereau picard.

 

Une chanson contre les homos ? On est en plein dans le Marais, au théâtre du Point Virgule. Il se rue sur les portes et les ouvre en grand pour brailler.

 

Le public est trop mou ? Il se saisit de coussins et les projette, furibond, sur les rangées. Bondissant partout ! « Mais vous allez chanter ? » Le public ne suit pas « Mais vous avez 2 phrases à retenir, vous avez pas le bac ou quoi ? »

 

Une chanson contre les clochards, les sacrifiés de la coiffure Tektonik, même les enfants en prennent pour leurs tétines !

 

« Maintenant, chacun va tenir la main de son voisin…(tout le public s'éxécute ; tous, un peu dégoûtés par ce contact charnel avec un inconnu) la chanson s’appelle Tenir un con par la main », au premier rang, une pauvre dame reste vissée à ses voisins. « Non, madame, il faut pas rester comme çà, sinon ça valide ce que je dis » (cette pauvre dame, sur laquelle Dédé Super fera mine de mitrailler la tête d’épaisses et profondes flatulences lors d’un mémorable karaoké multicolore en playback assumé sur son « unique tube » Y’en A des Bien »).

 

C’est lui qui manque sur la photo avec Férré, Brassens, Brel et on l’imagine facilement sauter sur la table et leur brailler dessus « Arrêtez de vous la péter ! »

 

C’est paillard, c’est égrillard, c’est une magnifique fripouille punkoïde-picarde qui dégoise des sublimes horreurs abjectes et cruelles ; c’est le barde Assurancetourix avec la misanthropie de Céline, et rajoutez-y l’abbaye de Thélème, tiens !


Par Bardamu - Publié dans : Concerts
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Jeudi 23 octobre 2008

 

Drôle d’impression…

 

Mathieu Amalric venant sur scène, littéralement les mains dans les poches, pour la première chanson de Melody Nelson…et sur un pupitre, devant lui, le texte…il lit, bien synchro avec les épileptiques remontées de main de jean Claude Vannier, chef d’orchestre…

Problème : c’est excessivement mal lu, aucun interprétation, aucune intonation un peu plus marquée qu’un autre…c’est la voix monocorde préenregistrée d’une gare de sous-préfecture, c’est le chapelet de politesses préprogrammées d’une caissière de Franprix…rien, rien, rien, le néant, le triangle des Bermudes, la gravité zéro de l’art du comédien…quelle désillusion venant d’un comédien pareil (belle composition dans Conte de Noël, de Depleschin, dernièrement)

 

Brian Molko ? Il brianmolkoïse, sa voix nasillarde, son phrasé, sa gestuelle ; il n’en fait pas trop, à défaut de ne rien faire du tout ; Brigitte Fontaine est sur le même registre, fidèle à son âme fantasque, de mamie punk, notre french marianne Faithful croisée à un oulipiste, une demi-mondaine, une demie –poétesse…elle chevrote la peine, la disparition, la mélancolie et c’est la chanson qui transpire le plus l’émotion…

 

Chamfort s’en tire avec les honneurs, crooner dandy et triste, qui interprète sincèrement une chanson d’un artiste qu’il a bien connu ; il semble être un fantôme, une autre époque, celle des seventies, sans doute figé là bas…et dire que Gainsbourg traversait les époques, les codes musicaux, à chaque album ; il transformait son répertoire (pour le meilleur – jazz, rock, reggae ( ?) comme pour le pire - son abominable période néo-funk-rap absolument inaudible aujourd’hui).

 

Peut-on évoquer l’étrange prestation de Daniel Darc ?  D’un pas incertain, tel un bébé kangourou pompette, il sautille pour gagner le centre de la scène…et pour massacrer ce qu’il reste de l’album (Ah Melody !)…un timing complètement décalé par rapport à l’orchestre (il fallait voir la tête de Vannier), des bouts de texte qui disparaissaient, une voix cassée, trop haut perchée peut-être…

 

Tiens, Amalric revient…pour la dernière chanson, celle avec les chœurs qui s’envolent, les cargo-culte, les cheveux de couleur rouge, naturelle. Une chanteuse lui vole la vedette…je crois que c’est Clothilde Hesme (vu chez Christophe Honoré dans Les Chansons d’Amour, par exemple). Elle chante et c’est simplement beau, c’est sans artifice, c’est avec les même émotions que sur le disque, aux mêmes moments.

 

L’orchestre ? Je retiens surtout la section cordes-batterie, piano… que des pointures. A la basse : Herbie Flowers, son CV donne le vertige : enregistrement avec Bowie (Space Oddity), Mc cartney, Shirley Bassey, Jools Holland, Lou Reed (Transformer), membre de T-Rex…un virtuose souriant, qui semble avoir toujours plaisir à jouer…

 

En ouverture, c’est L’enfant assassin des mouches…1 heures et quart musicale très inégale d’expérimentations, de légèreté, de tristesse…une mise en scène excentrique côté cour assez réussie… Tout le monde met le paquet…alors, après cela, 35 minutes de Melody Nelson dont les parties chantées semblent bâclées (rien à redire sur la musique, elle aurait juste gagné à être un peu plus épique au début et à la fin)…ben, ça fait moyennement plaisir…

 

On peut soupçonner Vannier d’être un peu aigri…mais c’est Gainsbourg qui est honoré, pas lui, en premier lieu. L’enfant assassin des mouches, Gainsbourg n’en a imaginé que l’histoire, pendant une nuit blanche…avez-vous lu cette interview du Monde ou du Figaro, je ne sais plus…il déclare « Gainsbourg avait tellement soif de reconnaissance…c’est moi qui ai imaginé 80% de la musique… »

 

Finalement, ce qui dessert le plus Vannier, c’est le tout début du concert…lorsqu’il veut éviter cette « minable hypocrisie » des artistes revenant en scène pour les rappels, et qu’il déclare avec emphase « je vais vous jouer les morceaux dont personne n’a voulu…les bis…les pestiférés…mes préférés… ». Il joue quelques instrumentaux, certains très bons d’ailleurs…mais il se met au piano aussi et tente de chanter…les paroles se hissent péniblement au niveau d’un Grand Corps Malade, c’est dire…

 

Par Bardamu - Publié dans : Concerts
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Jeudi 23 octobre 2008




Dans mon dos, ces paroles :

 

-          ouais, Lou Reed, il est chiant en scène 

-          ouais

-          moi, j’ai vu le Velvet en 72, à la fondation Cartier

-          (silence consterné  des deux autres)

Par Bardamu - Publié dans : Vie Vivante
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Jeudi 16 octobre 2008






Dans les Inrocks de cette semaine (belle photo du "futur" Gainsbourg), un entretien avec Léos Carax, à l'occasion de la sortie de Tokyo ! un film collectif segmenté en 3 parties, pour trois réalisateurs différents (Michel Gondry et Bong Joon-Ho, connu ici pour Memories of murder et The Host).

Son histoire s'appelle Merde.



Comment l’avez-vous imaginé ?

 

Un mauvais jour que je marchais seul sur le boulevard Sébastopol. Il y avait beaucoup de monde, tout était gris. J’ai eu cette vision d’un type sortant d’une plaque d’égout, qui avancerait parmi les passants et zigouillerait tout le monde. J’ai probablement imaginé que c’était moi qui faisais ça. Mais très vite, j’ai pensé qu’il ne fallait pas que ce soit un homme mais une créature, une créature d’une civilisation disparue, qui ne puisse pas du tout communiquer avec le reste de l’humanité. Merde, c’est l’immigré absolu. On lui dit : « Notre pays, tu l’aimes ou tu le quittes. Personne t’a forcé à venir vivre parmi nous. » Et lui répond : « Si. Mon dieu me pose toujours parmi ceux que je hais le plus. »

 

Comment avez-vous construit la langue que parle Merde ?

 

Elle s’appelle le merdogon. Je l’ai d’abord inventée seul, puis on y a travaillé avec Denis Lavant et Jean-François Balmer. Un grand plaisir. La langue a maintenant sa syntaxe et contient une centaine de mots. On a écrit des chansons avec Denis en merdogon, on est en train de les enregistrer, avec aussi Alison du groupe The Kills, et on tourne des clips. Certains mots merdogons ont été inventés pour leur pure sonorité, d’autres sont trafiqués à partir du français, du russe, de l’anglais ou d’un dialecte africain. Le mot pour dire « femme » par exemple, est « kondjo », c'est-à-dire Joconde, en verlan. Et puis, après avoir inventé la langue de Merde, il a fallu aussi inventer la tête de Merde, le costume de Merde, la vie de Merde.

 

Merde est un drôle de titre…

 

J’ai toujours aimé le mot, comment il sonne. Et c’est pratique : les gens pourront dire « T’as vu le Merde de Carax ? », ou bien « T’as vu la merde de Carax ? » Et Merde, c’est un bon titre pour une farce, ce genre dramatique qui date de l’Antiquité et qui a donné, en France, Gargantua et Pantagruel, Le Bourgeois gentilhomme, Ubu, Zéro de conduite, ou le Guignol’s Band de Céline.





Par Bardamu - Publié dans : Cinéma
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Lundi 13 octobre 2008








Bashung et Arno dans un dialogue surréaliste offrant un featuring prestigieux, c'est le cachet de Jarmusch, période "Coffee and Cigarettes" (White Stripes, Iggy Pop, et de longue date, Tom Waits, squattèrent ses pellicules). Ca rend une scène assez amusante (les deux ne connaissaient pas leurs textes, le réalisateur leurs dictait les paroles, comme Lelouch a coutume de le faire).

Le noir et blanc artistique crée l'élégant vernis à l'humour poétique, à la gentille folie, aux losers à bout de souffle (Bouli Lanners, vu dans le grolandesque Eldorado ), aux combinards nostalgiques (le gentil cabotinage de Jean Rochefort menant la danse d'un quarteron de vieux croutons branquignols retrouvant à la place de leurs planques d'il y a 20 ans une cafétéria de nationale, à la place de la banque qu'ils avaient coutume d'écumer, un Mac Do...).

Edouard Baer bride ses habituelles envolées en incarnant (bien) un braqueur raté et c'est son histoire qui centralise un peu les autres (avec un dénouement inattendu) mais c'est la bouille magnifique de Roger Dumas en grand malade qui reste, une tronche audiardienne de première bourre ; et je dirais même plus, au niveau d'un André Pousse, d'un Philippe Nahon !





Par Bardamu - Publié dans : Cinéma
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Lundi 6 octobre 2008




Juste pour vous dire que ce n'était pas moi non plus, le père de l'enfant de Rachida Dati.


Par Bardamu - Publié dans : Vie Vivante
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