[Pour les Spoilers-phobes, et selon la formule consacrée, sachez que le texte qui suit dévoile
des éléments clés de l’intrigue]
Un petit coup de fouet supplémentaire après une vingtaine d’années d’attente (au départ Lucas et Spielberg devaient réaliser 5 films pour la
franchise). Harrison Ford, blanchi et ridé promène sa bedaine (relativement peu outragée par la gravité terrestre pour sa soixantaine de printemps) dans des grottes humides, des jungles
luxuriantes et autres déserts arides. Ca sent le trésor perdu dans un temple, tout ça.
En tout cas, Spielberg a pris soin de bien condenser les ingrédients classiques de la saga : un ancrage fort dans une époque (ici, l’après
39-45), les scènes de poursuite-cascade (toute sorte de cascade, d’ailleurs), l’humour un peu « over the top » qui, dans tout autre film, sonnerait faux (si l’on excepte 2 ou 3 gags
avec le personnage de Mutt, qui finalement, n’est pas trop insupportable – des internautes redoutaient le syndrome Jar Jar Binx, le sidekick- prétexte comique navrant de l’épisode I de la nouvelle trilogie de Star Wars qui avait, à lui tout
seul, pourrit l’ensemble du film), les méchants « historiques » (ici les soviétiques de la guerre froide, Spielberg affirmant ne plus pouvoir tourner les nazis en dérision après la
Liste de Schindler).
C’est une histoire sans grande surprise scénaristique et, à titre personnel, c’est exactement ainsi que je la souhaiter ficelée. Une resucée
honnête est sûrement préférable à un chamboulement intégral des grandes lignes originelles (surtout après 20 ans, mais bon, pour un 5ème épisode, pourquoi pas ? Après tout, chaque
épisode d’Alien a une personnalité bien à lui).
Un minimum d’image de synthèse (à une époque où certains blockbusters ne se réduisent qu’à une surenchère : Riddick, Matrix 2 et 3, Spiderman 2 et 3, etc.), le bruit caractéristique des patates pour les bastons (une
sonorité complètement extravagante transformant une pichenette simulée en uppercut tysonesque – ca ressemble à quelque chose de très très lourd tombant et s’éclatant au sol), la romance, le
compagnon d’infortune (bel hommage à Marcus Brody – l’acteur ayant décédé récemment, nul doute qu’il aurait figuré au casting), la méchante versée dans l’ésotérisme…
Cate Blanchett et sa coupe Mireille Mathieu (assez à la mode ces temps-ci, voir la chanteuse des Yeah
Yeah Yeah) est à la solde du grand ordre communiste. On a un aperçu de l’ambiance paranoïaque des fifties avec des détails dans les scènes et quelques bouts de répliques (la manifestation
par exemple avec cette banderole « Better to be dead than red »). A côté de cela, on entend du Elvis et une séquence semblerait presque du
Happy Days dans le texte.
C’est vrai, je m’attendais au pire avec Shia LaBeouf, c’est vrai, j’aurais bien voulu une apparition de Sean Connery, j’aurais bien voulu une
fin un peu moins convenue (le temple s’écroule, la méchante est punie, la fuite effrénée…). Mais bon, à part dans le ventre mou du film où cela manque singulièrement de rythme, l’action est
continuelle, le retour de Marion Ravenwood donne lieu à d’amusantes scènes avec le fiston (Indiana Jones et son père dans le précédent opus, ici, sur le même schéma, Indiana Jones et son fils) et
même une superbe trentaine de minutes de course poursuite dans la jungle (c’est juste un peu dommage d’avoir eu cette regrettable idée de « transformer » Mutt en Tarzan pour retrouver
les autres), la conclusion avec les fourmis rouges (sont elles communistes ? En tout cas, elles incarnent un mode de fonctionnement assez similaire, donc ce ne doit pas être un
hasard).
On apprécie également les petits clins d’œil aux puristes : en s’échappant de la zone 51, le camion défonce une caisse…à l’intérieur, un
aigle en or…c’est l’arche d’alliance ! En moto, c’est Indiana Jones qui est le passager outré, comme son père autrefois, face au sourire victorieux de son fils…c’est le serpent qu’on utilise
comme une corde au mépris de sa peur panique des crotales, c’est la tribu de scorpions qui se faufilent sur les habits (voir le début des Aventuriers de
l’Arche Perdue où des tarentules campaient sur le dos d’un des assistants du professeur – pour votre gouverne, c’était Alfred Molina, qui a tourné avec Jarmusch, a eu une récompense pour son
rôle dans l’adaptation américaine de Art, la pièce de Yasmina Reza, et a été le méchant Docteur Octopus du second Spiderman).
C’est un peu comme Terminator 3 et Die Hard 4. Les concepteurs de ces films ont bien fait
attention de respecter les codes créatifs inhérents aux époques d’origine. L’écriture de l’histoire est semblable, la réalisation aussi. Ainsi, le spectateur n’est pas dépaysé et on lui raconte
quand même une autre histoire. C’est pour ca que cet Indiana Jones me semble plutôt être un épisode 3.5. Il reste autant de plaisir que pour les trois premiers films et la conviction que
Spielberg est un architecte de génie. L’humour, l’action, le surnaturel, l’Histoire…c’est un peu comme son œuvre avec des univers très éloignés en apparence : Amistad, ET, Duel, Schindler, le Terminal…après la parenthèse de la Guerre Des Mondes où les aliens étaient belliqueux, ici, les êtres aux crânes de cristal sont archéologues et c’est
« la connaissance qui est leur richesse ».
Les méchants mordent la poussière dans une autre dimension, les gentils terminent à l’église pour le saint sacrement du mariage. La morale est
sauve. C’est un Happy End à l’ancienne, bien grossier, bien énaurme comme à l’époque où se situe le film. Et après 2 heures de mitraillages,
sarbacanages, toiles d’araignées, serpents, insectes affamés, ruines mayas, bourre-pifs en pagailles, course à moto, ravins, bazookas et même une bombe nucléaire…c’est le point final à tout le
magnifique charme désuet de ce film qui contribue à me faire dire que putain, ca c’est du cinéma.
Ne criez pas sur tous les toits que Spielberg est votre réalisateur préféré, Luc Besson avait répondu ça à son entretien d’entrée en école de
cinéma et on l’avait recalé pour cette raison.
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