Mardi 21 avril 2009




JG Ballard vient de mourir. J’ai lu Super-Cannes de lui. C’était une bonne histoire, je retrouvais un peu de l’esprit délicieusement malsain de Chuck Palahniuk.

 

Cette élite d’hommes d’affaires, scientifiques, et VIP divers, qui se défoulait dans la torture, les orgies et les narcos évoquait le défouloir primaire des Fight Club. C’était absurde, surréaliste et complètement terrifiant.

 

 

­ Dans «Super-Cannes», vous montrez que les pires pulsions, morbides et sexuelles, constituent la face cachée de l'ordre libéral mondial...

 

JG Ballard : La seule obsession des grandes multinationales, c'est de stimuler l'appétit de consommation du public pour ses produits et ses services. Jusqu'à présent, les sociétés y sont parvenues en introduisant l'idée de compétition sociale: il faut avoir une plus belle voiture que celle du voisin. Mon idée est que, dans l'avenir, les grandes compagnies vont explorer les domaines de la psychopathie pour continuer à nourrir cet appétit de consommation. Ils vont aller chercher du côté des fantasmes et des perversions. Prenons l'exemple de Hollywood: la domination de la violence est évidente. Ce ne sont que des films sur des serial killers. C'est une manière à la fois d'entretenir et de libérer les pulsions du spectateur. Or je suis sûr que les grandes sociétés, Coca-Cola ou McDonald's, vont commencer aussi, pour maintenir l'intérêt du consommateur, à exploiter ce terrain-là. Si vous faites une campagne de publicité avec une jolie fille en bikini, ça n'intéresse personne. Ce que les gens veulent voir, sur l'affiche, c'est une fille nue, cruellement enchaînée, à côté de la dernière Volkswagen.

 

 

 

 

­ Dans «Super-Cannes», des dirigeants de grosses sociétés se livrent à des expéditions punitives contre les Arabes des quartiers populaires pour exalter leur volonté de puissance. Cela signifie-t-il que chaque individu est un fasciste qui s'ignore?


JG Ballard : Et pourquoi, selon vous, y a-t-il tous ces films sur la période nazie? On en voit sans arrêt à la télévision britannique. Des épouses nazies, des docteurs nazis, des militaires nazis. Eh bien, ça fait peur aux gens, mais ça les stimule en même temps. Toute cette grandiloquence, ces uniformes, ces hommes qui marchent. La période nazie a représenté, à mon avis, une flambée de psychopathie paneuropéenne. Les gens ont besoin de violence. Particulièrement dans ces banlieues où ils s'ennuient tellement. Bientôt, ils ne voudront plus voir les nazis sur un écran, mais dans la rue. Tout cela est très préoccupant.

 

(extrait d’un entretien – Nouvel Observateur ; intégralité de l’entrevue ici : http://bibliobs.nouvelobs.com/20090420/12053/jg-ballard-jai-ma-dose-dassassinats-tous-les-jours )



Au fait, cet écrivain est une influence importante de Thom Yorke.


 
Par Bardamu - Publié dans : Livres
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Jeudi 16 avril 2009


Derrière moi, elle étale une trentaine d’années d’existence. Le rapport à l’argent de sa famille, un héritage, sa nouvelle voiture, la séparation à l’amiable avec un certain « Alexandre », sa tendance à laisser des vêtements fraîchement acquis dans son armoire pour qu’ils « murissent » Une belle entrée en matière, ces propos dignes d’une histoire de Vincent Delerm avant un double concert de chanson française.

 

Entre les Pub pour touristes et les racoleuses des cabarets sex-shop, la salle des 3 Baudets étincèle. Depuis 2 mois qu’il a rouvert, ce vénérable temple de la chanson d’après guerre offre un restaurant, un bar et une salle de concert rutilante (avec 2 gigantesques colonnes qui occupent pratiquement la moitié de la salle, ce qui vaudra quelques blagues de Florent Marchet à propos de l’architecte coupable). Et c’est en ces lieux que dégoisèrent des esprits aussi respectables que Brassens ou Gainsbourg…du beau linge…

 

Pour la voix soyeuse de Coralie Clément, c’est fort à propos. Avant qu’elle n’apparaisse du petit escalier menant à la scène, quelques phrases par un des gérants. Il a un grand sourire aux lèvres « Aujourd’hui, depuis deux mois qu’on est ouvert, c’est la première fois qu’on est blindé de monde ». Obscurité.

 

Elle arrive, suivie de son guitariste. Ils se regardent souvent, complices, elle a toujours cette fragilité dans la voix, un peu minaude, une peu susurrante. Ca parle beaucoup d’amour, de déclarations, de timidité, d’errances. Ca inspire des images de Truffaut, mais on reconnaît l’école Benjamin Biolay (au fait, c’est son frère) ; elle reprend Jardin D’hiver et une chanson de Vanessa Paradis, le duo qu’elle a fait avec Etienne Daho sur son dernier album, aussi. Elle se démarque bien de Keren Ann, elle est plus intimiste, plus humble, peut-être aussi ?

 

C’est l’entracte, comme qui dirait, et un grand type, devant moi, binocles et la barde de 3 jours, en petite redingote de velours, dégaine qui fait très critique des Inrocks, palabre avec une dame d’un certain âge. Je réalise qu’ils s’entretiennent de la programmation du Printemps de Bourges. Qui va interviewer Dominique A, quel papier faudra faire, combien de photo à paraître, etc.

 

22h, Florent Marchet arrive accompagné de son batteur. Ca commence avec une chanson de Rio Baril (je me rappelle pas avoir autant aimé un album français ces 10 dernières années). Et puis quelques anciennes (Levallois), les nouvelles compositions à 4 mains de Frère Animal (pas encore écouté) en collaboration avec Arnaud Cathrine (jeune écrivain). Ca évoque les déracinements, l’ennui abyssal des villages, la médiocrité ambiante, l’enfance qui ne reviendra plus, c’est assez noir mais ce n’est pas exempt d’humour, de cynismes, le tout bien fouetté comme il se doit d’envolées électriques ; bon, le batteur a une main sur un synthé et l’autre qui tient la baguette la plupart du temps mais ça complète judicieusement des passages au piano plus éthérés (certaines séquences absolument magnifiques et si cela peut vous convaincre, j’emprunte une voix de fausset, caricaturant un chroniqueur mondain et je vous l’affirme solennellement entre deux coupes de champagne au vernissage de ce nouvel artiste vénézuélien qui peint avec du sang de crotale : « Certaines séquences sont ma-gni-fi-ques » ; je le pense vraiment, quoi).

 

Un petit duo avec Coralie qui revient (toujours avec ce petit short rouge affriolant, ce doit être la seule dans tout Pigalle à le porter avec élégance). Les grandes écoles de Rio Baril. Un spectateur demande Ce Garçon. Ca va pas être possible, Florent rechigne.

 

En repartant, je relis les 7 messages reçus au cours de cette soirée. A chaque vibration dans ma poche (gauche, je précise parce que la droite, c’est pour les cartes et les clés), j’attendais les applaudissements ponctuant la chanson pour consulter discrètement mon écran. Hé oui, Liverpool est bien éliminé de la coupe d’Europe. Mines blafardes dans le métro. Des touristes américaines ricanent.

Par Bardamu - Publié dans : Concerts
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Mardi 31 mars 2009







Au Casino de Paris, des cohortes de punks patientent devant les portes…devant moi, un couple : veste jean élimé, béret, boucle d’oreille, deux goulots de bière « prestige » vissés aux beignets, elle : des collants résilles filés, lui : il lui raconte une fois qu’il a ouvert une bouteille avec les dents (« un morceau de verre est resté coincé, 8 jours après, il est tombé dans la pomme. »). Non loin de là, 3 ou 4 revendeurs de billets palabrent…la file d’attente s’épaissit en grappes compactes et, à ma surprise, assez hétéroclite : vieux bagouzés aux tee-shirts « Ramones », petites nénettes bien propres sur elles, larrons hirsutes, punkards, lycéens et même des familles (avec des fillettes !).

 

L’entrée de la salle, c’est un vrai casino, des rougeurs, des dorures, des carpettes écarlates, un zinc de bistrotier de la Place Vendôme, des hôtesses bien apprêtées…il va vraiment y avoir un concert de punk dans une demi-heure ?

 

J’ai pas trop envie de m’étendre sur la prestation des Brats, le groupe d’ouverture. Disons juste que le public avait encore plus envie de voir apparaître Dédé Wampas et sa suite royale.

 

A peine arrive-t-il avec son petit chapeau, et sa guitare siglée Hello Kitty que la fosse devient un chaudron de corps en suspensions, se fracassant les uns aux autres. Les classiques passent, alternés aux nouvelles compos : L’Eternel, Persistance Rétinienne…une reprise de My Way, un clin d’œil à Johnny (« Les gens m’appellent l’idole des punks »), Dédé jouant au cronner, puis, slammant et escaladant le balcon, kissant la moitié de la salle, convoquant l’incroyable Régine ! (coiffée comme Ziggy Stardust) Petite Fille, Comme un ange, Rimini, YeahYeahYeah, l’hymne du groupe (enfin, selon moi) et, bien évidemment, Où sont les femmes (2 minutes d’obscurité avant que la batterie n’envoie du gros rouge qui tâche, dédicace à une des figurantes en soutien-gorge). Apothéose en harem envahissant, se trémoussant et soulevant le roi Didier.

 

On quitte la salle, 3 faux œufs géants avec des têtes d’autruche qui dépassent…et puis la grande église de la Trinité. Une dizaine de couvertures et d’autres têtes qui dépassent. Je me hâte vers le métro. Je fais l’autruche, en gros…


Par Bardamu - Publié dans : Concerts
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Lundi 9 mars 2009


« La culpabilité et la baise, ça fait la paire, comme le fish and chips. La culpabilité et la bonne baise. En Ecosse, on a la culpabilité catholique et la culpabilité calviniste. C’est peut-être pour ça que l’ecsta marche si bien par chez nous. J’en parlais avec Carl au pub et ce con me répondait que les plaisirs illicites sont toujours les plus agréables. Et c’est vrai. Pour moi, le problème, c’a toujours été la fidélité. L’amour et le cul, c’est pas pareil, la plupart des mecs seront d’accord mais préféreront vivre dans le mensonge. Et quand la vérité éclate, c’est le bordel. »

 

« Mais ce matin, ça lui prenait sérieusement la tête. Il passa sous la voie rapide et s’approcha du centre commercial, et il avait l’impression de voir le quartier à travers les yeux d’un de ces connards tout droit sortis d’une école privée, ceux qui écrivent des conneries dans les journaux, des trucs sur leurs inquiétudes sociales. Des merdes de chiens partout, du verre brisé, des tags, des mères shootées au Valium derrière les poussettes de leurs mômes braillards, des poivrots, des jeunes désœuvrés en quête de cachetons ou de poudre. Terry se demanda si c’était la déprime, ou bien si c’était parce qu’il n’était pas venu faire ses courses dans le coin depuis un bout de temps. »

 

« Le cerveau de Carl était en surchauffe. Si seulement il pouvait se synchroniser avec son corps. C’était la torture des gueules de bois et des détripages. Ca poussait l’esprit et le corps dans deux directions diamétralement opposées. Carl pensait à l’illusion de l’amour, qui s’évapore avec notre jeunesse mourante. Si vous n’y prenez pas garde, la laideur du pragmatisme et des responsabilités finit par vous amocher, comme les vagues océanes érodent les rochers. Quand on les voit sur l’écran de télé, ils nous disent Faites ceci, faites cela, ou bien, Achetez ceci, achetez cela, et nous, on reste à la maison, perdus, fatigués, terrorisés : c’est à ce moment qu’on sait qu’ils ont gagné. L’idéal est mort, ce n’est plus qu’une question de vendre davantage et de contrôler ceux qui ne peuvent pas se permettre de consommer. Plus d’utopie, plus de héros. Ce n’est pas une époque passionnante, comme ils essaient sans cesse de nous le faire croire. C’est une époque chiante, exaspérante, futile. »

 

 

C’est l’odyssée trash de 4 jeunes écossais des cités miséreuses d’Edinburgh. Les coups d’un soir pour le queutard, le loser qui rêve de son dépucelage, le boxeur talentueux qui suscite les convoitises, le suiveur, complètement à la ramasse…bastons, larcins minables, coups de lames les jours de derbys entre supporters protestants et cathos, quêtes irrépressibles de bimbos à butiner, de coup de speed…tous les prétextes pour choper un coup d’adrénaline et voir passer les jours un peu plus vite dans le carnage ambulant des gangsters, des vieux pubs en briques défoncées aux fauteuils sentant la sueur et l’urine, des familles triplement recomposées…

 

C’est l’auteur de Trainspotting qui tisse cette belle toile désespérée, ces quatre briscards se partageant les emmerdes, les pilules, les cuites, même les filles. C’est torturé et humaniste à la fois, ces gamins qui se déchaînent pour survivre ; on suit leurs errances en espérant qu’ils s’en sortent pas trop mal, au début. Et puis, petit à petit, on espère qu’ils s’en sortent juste en vie.


Par Bardamu - Publié dans : Livres
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Lundi 2 mars 2009



"A tome you start reading for fun and then at page 50 you go out and buy a machete just to be on the safe side"
[New York Post]




Comment se barricader ? Faut-il fuir vers les villes ou les campagnes ? Machette, kalachnikov ou les deux ? Que faut-il emporter dans son sac pour survivre ?

 

Guide de survie en cas d’invasion zombie très détaillé. Max Brooks (le fils de Mel Brooks) répertorie les informations vitales pour ne pas finir dans le ventre putréfié d’une goule.

 

Tout d’abord, définition du zombie. Le virus qui l’anime. Ses caractéristiques : sent-il ? Possède t-il une forme d’intelligence ? Ensuite, les différents niveaux d’infestation (de l’invasion d’un village en classe 1 à la totalité de la planète en classe 4).

 

Chapitre important du livre : les armes et les techniques de combat. Au corps à corps, les armes blanches les plus létales sont recensées. Des outils de bricolage peuvent faire l’affaire, également, même si la tronçonneuse, par exemple, ne conviendra pas, trop lourde à manier. Les armes à distance sont à privilégier : arc, arbalète, même la fronde a son paragraphe (et elles ont l’avantage d’être silencieuses, l’auteur insiste souvent sur l’importance de la furtivité, les zombies grognant aussi pour appeler la meute environnante à poursuivre les proies).

 

Les calibres occupent une place de choix, ainsi que les explosifs et lance-flammes. Des armements moins conventionnels sont aussi traités : poison, électrocution, radiation, « zoological warfare » (utiliser des espèces comme les insectes par exemple pour dévorer les cadavres contaminés, malheureusement, même les formes de vie nécrophages évitent les morts-vivants !).

 

On aborde alors une autre question : la défense. Une combinaison anti requin est-elle à préconiser ? Réponse : oui, en cas d’affrontements aquatiques. Bien sûr. Ainsi, comment défendre son chez soi ? Démolir les escaliers, par exemple, fermer toute les fenêtres et isoler les pièces. En ville, quel est le bâtiment qui se défend le plus facilement ? Une église, une école, une prison, un cimetière ? On y apprend qu’il ne faut surtout pas filer le plus vite possible aux postes de police (des émeutes sont assurément en train d’éclater aux premières heures d’une contagion massive), et que l’idéal pour une retraite stratégique est une…plate-forme pétrolière.

 

« On the run » liste les erreurs à ne pas faire dans la fuite : toujours avoir une destination, ne pas être trop nombreux, bien se reposer, privilégier les déplacements de nuit. Les véhicules, les terrains (marécages et déserts à éviter tout particulièrement), les alternatives (en bateaux, toujours naviguer en eaux profondes, il y a des zombies qui attendent aux fonds des étangs, fleuves, mers !).

 

L’attaque et l’annihilation de ces redoutables ennemis se compose de plusieurs stratégies : tendre des pièges, s‘assurer de la destruction totale des corps, la tenue d’une base, les denrées les plus importantes à maintenir, les tours de gardes, la perpétuelle vigilance à assurer  en toute situation !

 

Le guide s’achève sur différents témoignages d’attaques au cours de l’Histoire et ce, en différents points du monde. Un fort de légionnaires au nord de l’Afrique soutenant un siège, des militaires japonais conduisant des expériences et projetant de lâcher des infectés en territoire américain au cours de la seconde guerre mondiale, des navigateurs européens découvrant des îles maudites, des villages de l’Alabama complètement détruits…

 

Ce manuel de survie est notre plus précieux bien et comme l’affirme l’auteur : « Organize before they rise ! »


Par Bardamu - Publié dans : Livres
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Lundi 2 mars 2009



L’expo Gainsbourg est une grosse arnaque. Quelques gros piliers hideux comme des patchwork d’images « d’époques » (extraits de films, émissions, etc. ; Denise Glaser meets Andy Warhol meets velvet underground meets Pompidou, etc.), des textes du maestro lus un peu pompeusement, sa collection de médailles militaires, les manuscrits originaux de quelques chansons, celui de Rouget De Lisle et de la Marseillaise, Chopin…la véritable statue de l’homme à tête de chou…et…c’est tout ! Ah non, il y a aussi une deuxième salle…avec des pochettes de disques et 3 ou 4 pauvres ordinateurs « i-tuné » pour présenter quelques extraits…c’est bien famélique tout cela, et on apprendrait plus en regardant une soirée spéciale un mardi soir sur France 3…

 

Pour regarder les archives des écrans de ces fameux piliers, il faut se contorsionner au milieu des spectateurs, on se marche dessus, aucun recul appréciable sur les installations « de coins » (quel est l'intérêt de mettre un écran vers le mur à 20 centimètres de là, au juste ?) ; pas de chronologie claire, les légendes aux murs peu détaillées, très peu de pièces originales en dehors des manuscrits…

 

Où sont les extraits des concerts organisés par cette même Cité de la Musique pour Melody Nelson ? Le groupe japonais se réclamant de Gainsbourg ? Où sont les témoignages des fils spirituels de la brit-pop : Radiohead, The Verve, Jarvis Cocker, même le disque de reprises sorti l’année dernière (avec les kills, Cat Power, Tricky…)…où se trouve une mise en perspective des dizaines de personnalités différentes du bonhomme ? L’indigence, la judéité, le piano, les femmes, l’amour des belles lettres du XIXème siècle, la recherche perpétuelle des nouveaux sons, de Kingston à Brooklyn, les coups d’éclat de Gainsbarre…tout est parcellaire, fragmenté…tout est effleuré, frôlé, chuchoté…

Par Bardamu - Publié dans : Exposition / Musée
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Mercredi 18 février 2009



Ici, Alec Guinness tient 8 rôles, chaque personnage issu de la même famille noble, les D’Ascogne, que Denis Price – exquis dans ses délicates nuances - cherche à trucider un par un (étant le lointain héritier putatif pour ainsi dire et se rapprocher du titre lui revenant de droit – sa mère étant rejetée jadis en punition de ses faiblesses pour un roturier).

 

C’est magnifiquement cynique et cruel, dans une langue anglaise raffinée, avec un héros accomplissant une Némésis impitoyable, tout en louvoyant entre 2 femmes, une baronne, et un amour d’enfance l’éconduisant, puis devenant un monstre de manipulation soyeusement enveloppée dans ses belles robes et son apparente fragilité enfantine.

 

Le sieur Guinness se fait plaisir en incarnant une femme luttant pour le droit des femmes, un général radotant ses glorieux souvenirs, un amiral coulant avec son navire, un riche oisif, un prêtre austère et alcoolique…à cela, je vous joins cette anecdote : « "I read [the screenplay] on a beach in France, collapsed with laughter on the first page, and didn't even bother to get to the end of the script," he recounts. "I went straight back to the hotel and sent a telegram saying, 'Why four parts? Why not eight!?'"  (Une belle performance que ne renierait pas aujourd’hui Eddie Murphy ou Mike Myers)

 

A cela, aussi, je vous renvoie vers The Lavender Hill Mob (De l’Or en barres : un petit employé de transferts de lingots d’or manigance une combine visant à fondre les lingots en « petites tours Eiffels souvenirs » et les faire passer ainsi sur le continent) ou The Man in the white suit (où il joue un savant empoté qui invente un tissu insalissable et inusable, les compagnies, patrons comme employés syndiqués, le poursuivent alors pour l’empêcher de faire couler le commerce par sa découverte).

 

La belle fin, très ouverte, ponctue superbement ce classique absolu des studios Ealing. A voir également : Whisky Galore (pendant la guerre, sur une petite île écossaise, le drame qui meurtrit les habitants est la pénurie de Whisky ; tout change lorsqu’un bateau rempli de caisses du spiritueux s’échoue à proximité), Passport To Pimliko (à Londres, après la guerre, la découverte d’un décret médiéval stipulant que le quartier de Pimliko appartient, en fait, au duc de Bourgogne ; le quartier déclare son indépendance et les lois anglaises ne sont plus respectées : fin de la fermeture des pubs, marché noir, l’anarchie, l’Abbaye de Thélème !).

Par Bardamu - Publié dans : Cinéma
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