Une centaine de tableaux en un accrochage chronologique. Plusieurs périodes bien séparées.  Sa formation, les premiers voyages qui éduquent sa sensibilité. Le début de ses recherches sur l’abstrait, l’exil pendant la première guerre mondiale et les errances…retour en Allemagne et puis la fin, à Neuilly sur Seine, en 1944…

 

Ca commence en douceur et en confiance. Les couleurs sont vives, elles ondulent, les formes humaines sont représentés assez fidèlement à la réalité ; les représentations de paysages dominent. On croit voir Venise, l’Afrique, Moscou, même une toile m’a évoqué les 1001 Nuits. On sent de la chaleur, des envolées d’optimisme, des bouffées de fraîcheur, d’insouciance dans le trait, atténuées ici et là par quelques figures inquiétantes (cette maison isolée et ses fenêtres diffusant cette lumière rouge, infernale), quelques courbes dissonantes.

 

 

 


Courbes dissonantes car Kandinsky est atteint de synesthésie, cet état qui entrecroise plusieurs sens. Il perçoit une couleur comme une sonorité ; sa peinture fusionne à ses symphonies intérieures, expliquant peut-être la puissance récurrente de ses œuvres, les délicates harmonies de ses nuances.

 

Bild mit Kreis (Peinture avec un cercle, 1911) est sa première véritable toile abstraite : « Dans cette célèbre peinture au format atypique de presque 2m x 2m, peinte par Kandinsky en 1912, trois continents colorés s’articulent – ou s’affrontent selon les interprétations – autour d’un mystérieux arc noir, inspiré d’une douga, un arc de limonière que Kandinsky emprunte au monde paysan pour tracer une ligne de force. » (extrait de la notice de présentation).

 

Les sphères bleues prédominent, reviennent souvent. La couleur blanche, c’est le silence nous affirme une conférencière. Une toile, dont j’ai oublié le nom, me frappe ; on perçoit nettement une diagonale, à gauche, des formes mécanisées se fracassent, en bas et à droite, des galbes hachurés, des rondeurs humaines, des fragments d’individus, d’ombres, de silhouettes terrassées par les épaisses et froides ratures de métal.

 

On voit plus de noirceur, de blocs inquiétants, de chaos. Cela correspond aussi à l’instabilité de son existence (il est ruiné, ne cesse de voyager, assiste à une guerre mondiale et à la révolution bolchevique…). Ce sont des amoncellements dramatiques, des lames écarlates…

 

Des monographies, des lettres (son écriture est très austère, très disciplinée). Et ses deux périodes finales : le Bauhaus (1922-1933) et Paris (1934-1944). Cet astre bleu hante encore pas mal de ses compositions, est-ce une divinité, la spiritualité autour de laquelle gravite sa force créatrice ?

 

La fin de l’exposition révèle des architectures démentes, des observations de micro organismes s’ébrouant dans des maelstroms chromatiques inversés, fuyant, lointains, comme en suspensions.

 

 

 

 

 

[12 Euros, jusqu’au 11 août – 11h/21h, sauf le mardi, jour de fermeture.]

 

Article sur la synesthésie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Synesth%C3%A9sie

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