Festival de Beauregard 2012

Publié le par Bardamu

 

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VENDREDI 6

 

Arrivée : 17h par le tramway. Comme l’affirmerait avec talent Patrick Sébastien, on est serrés comme des sardines. Ultra -compressés plutôt. Mais on arrive sur le site en une petite demi-heure, navette comprise. Marche : 10 minutes. Attente pour les contrôles : 40 minutes. Attente pour les bracelets : 20 minutes. L’entrée est un misérable goulot d’étranglement qui absorbe au compte-gouttes l’épaisse meute de festivaliers. Du coup, j’arrive pour les ultimes riffs de Miossec. Ça avait l’air bien.

 

Une visite rapide amène une constatation : le site est agréable à parcourir, c’est le vaste parc d’un château à la verdure éclatante et aux deux scènes investies en alternance. L’ensemble est bien pourvu en stands : pour la restauration, ça va de l’huître à la galette saucisse (3 euros pour un étouffe-chrétien pareil, c’est plus qu’acceptable en festival), pour les boissons : de la desperados passable, de l’Heineken arôme miction frelatée, du merlot râpeux et même du champagne (pas essayé), un espace pour les petiots, l’inévitable merchandising, les sponsors etc.

 

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Sur la grande scène, il est 19h30 et c’est les vétérans anglais de Killing Joke. Le chanteur, sorte de Richard Borhinger gothique, pourrait interpréter un méchant dans le prochain Underworld, il en a le physique et l’accoutrement. Il hurle du rauque n’roll bien gras, bien vintage et bien léché. De l’électrique putassier réussi et constituant une belle entrée en mesure à ces trois jours de musique.

 

Impasse sur Selah Sue, il faut bien se placer pour Dionysos et l’emplacement dans la fosse coûte cher. 21h35 : La bande de Valence déboule. « John Mc Enroe » ouvre le cabaret. Avec son dernier album, Mathias Malzieu, le chanteur bondissant a enfin réalisé son coming-out aviaire ; depuis le temps qu’il faisait des chansons sur les volatiles, il était temps (Haïku, coiffeur d’oiseaux : est-ce une monomanie ?). L’urgence, l’énergie est toujours là, du punk-pop efficace, mélodies et refrains catchy, émeutes pré-pubères dans les premiers rangs où je me fais découper de partout. La faute en revient à de remuants gandins évacuant le stress des résultats du bac à peine tombés le jour même (ou du brevet voire du passage en sixième pour certains). Bien entendu, les classiques sont là : Song for Jedi pour n’en citer qu’un. Tout au long du concert, le public devient un flipper géant où les masses humaines s’entrechoquent et se diluent violemment. Le bon esprit général est un peu malmené où d’aucuns s’insurgent ici de coudées brutales, là de backflip arrière les genoux en avant sur la nuque un tantinet cavalier. Rien de bien grave cependant.

 

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Le climax attendu du groupe, slam aller-retour du chanteur vers la régie son couverte par une mélopée qui dépote a bien lieu. La foule se presse pour porter la rockstar grimaçante. Il faut voir les regards médusés devant le crowd-surfeur intrépide à moitié broyé lorsqu’il atterrit de son périple dans les bras non pas d’anges ou de chérubins mais des sévères et impassibles molosses de la sécurité. Après un petit passage hors-scène de Mathias qui excite l’imagination : est-ce un interlude « Jean-Luc Delarue » ? Un verre de redbull ? Une piqûre « tour de France » ? Un bouche-à bouche fougueux d’Olivia Ruiz ? La troupe salue Beauregard avec, en fond sonore, la belle chanson des Kills : The Last Goodbye.

 

Autre impasse : les punkeux de Shaka Ponk, on se sustente de leurs équivalents alimentaires, tout aussi légers : des chips à l’ancienne et des Petit Prince de Lu. The Kills commence. 4 grosses tambourineuses en renforts et le blues-rock abrasif qu’on leur connaît. Un best-of de leurs albums pas trop différent des versions studios et l’éternel regret qui colle au duo : l’ajout d’une vraie batterie qui pourrait accélérer un chouïa leurs ritournelles et qui leur donnerait une dimension mieux adaptée à la scène au lieu de ces pitreries rock-garage bloquées en première vitesse.

 

On passe donc à Metronomy, la grosse sensation boules à facettes « hipster-compatible » du moment. C’est une pop sans aspérités et bien propre tartinée au synthétiseur. Sur le tout, des coups de baguettes martelés précieusement par la jolie batteuse rousse chatouillent agréablement l’oreille. Mais ça manque un peu de patate quand même, ainsi, la journée se finit en douceur, tout gentiment.

 

Quant on compare cette prestation à celle des Canadiens de Crystal Castles une semaine avant au Rock dans Tous ses Etats à Evreux, ben on se dit qu’avec à peu près les mêmes sonorités, on peut rendre un show mille fois plus sauvage. Avoir une chanteuse qui a du charisme aide aussi, c’est sûr.

 

SAMEDI 7

 

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Moins de monde aux contrôles mais ça reste assez laborieux. Other Lives finit son set, c’est joli ce rock-folk planant. A noter : une belle reprise du Partisan de Leonard Cohen. On attend Izia qui arrive devant un public conquis d’avance. Souriante, communicative, elle se déchaîne dès les premières minutes. Minaudant, hurlant, sautant sur ses musiciens (grimés comme les personnages d’Orange Mécanique), elle improvise entre les chansons, ça tombe parfois à plat mais l’effort est très louable. C’est du rock qui tape comme il faut et sa voix, qui tient largement les mesures, fait immanquablement songer à Janis Joplin ; c’est peut-être une « fille de… » et pourtant elle n’a pas volé son succès.

 

Il faut quitter l’endroit après une demi-heure. Une bonne place pour les Kaiser Chiefs, ça se mérite. Le ciel pond des nuages lourds, se colore d’un gris menaçant. Les lads de Leeds apparaissent sur une musique triomphale. Ils sont sûrs d’eux et commencent en fanfare avec leurs hits calibrés pour les stades : Modern Way, Everyday…, Ruby, I Predict a Riot…c’est de la brit pop brute et carrée et les hymnes se reprennent en chœur à peine le deuxième refrain entamé. Comme pour Dionysos, un colossal pogo s’improvise parfois surmonté d’adolescents hilares survolant les têtes dans toutes les positions possibles et retombant inévitablement avec la grâce d’un pachyderme. A côté de moi, un métalleux à casque de viking souffle de toutes ses forces dans un cor de chasse. Normal.

 

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« We are the Angry mob » sonne le début d’une pluie encore assez fine. Et alors que Ricky Wilson et sa clique tirent leurs révérences, la drache prend de la force. Elle se transforme rapidement en déluge biblique. On court se réfugier sous les tentes, sous les arbres en fendant les flaques. Les cieux tonnent, les trombes d’eau tombent à la verticale. Cela dure presque une heure et des étangs boueux se forment. Pendant que tout le monde patauge dans cette patinoire saumâtre, Tindersticks joue dans l’indifférence générale. Les K-Way s’ouvrent et on tient là une armée de clones bleu-marine effarouchés par les intempéries.

 

La météo finit par se calmer et au loin résonnent Jean-Louis Aubert et ses reprises de Téléphone. Nous, on attend l’hirsute gourou Sébastien Tellier. Il commence en retard, on ne peut rester qu’une poignée de minutes car il faut quérir un emplacement de qualité pour Gossip.

 

Les porteurs de parapluies déployés suscitent l’ire des spectateurs situés derrière eux. On trompe son attente comme on peut. La Castafiore Beth Diddo et ses comparses prennent possession de l’espace scénique dans l’hystérie générale. Sa voix hallucinante se hisse, descend, s’éclaire, se nimbe, s’étend, se tord. Les aigus, les arrondis, le rire, les cris : elle va où elle veut, avec une aisance inouïe.  Elle est visiblement heureuse d’être là et sincèrement inquiète pour une spectatrice émergeant d’un malaise. Sinon, le dernier album a beau être beaucoup plus disco que le précédent, ça passe parfaitement à cette heure. Ça réchauffe les os.

 

DIMANCHE 8

 

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Dommage que Death in Vegas soit programmé l’après-midi. C’est du rock électro assez sombre qui aurait sa place au moment de l’apéro. Ça détonne un peu aussi dans la programmation familiale et mou de la double-pédale de ce jour : Thomas Dutronc (ok pour la musique qui swingue, c’est dimanche après-midi, on sort la bourgeoise et les moutards mais les paroles écorchent les tympans), Brigitte (gentil mais sans plus, une proportion non négligeable de nanas connaissant les paroles par cœur et de leurs mecs blasés serrant les dents), Garbage (cadeau pour les trentenaires, ils tiennent leur set avec du rock tout ce qu’il y a de plus classique mais on est loin d’une purge que l’on pourrait craindre chez un groupe reformé aussi récemment, tapez dans Youtube « The La’s à Rock en Seine », vous verrez de quoi je parle).

 

Pas de Camille mais on se rue aux premières loges pour Franz Ferdinand. Déjà pas mal de monde. Il faut s’immiscer dans les brèches pour accéder au troisième rang bien en face du groupe. Le chanteur a une coupe de cheveux particulièrement hideuse que souligne une moustache fournie digne d’un bûcheron de l’Oural. Et pourtant, il a la classe. Comme les autres membres de la formation écossaise d’ailleurs. La guitare miaule à peine et c’est déjà le carnage, on se jette les uns contre les autres et nous, on essaye de survivre au milieu de cette horde de sympathiques dégénérés. Les gambettes maculées de fange, les vêtements imbibés de transpiration et les bras constellés de bleus, on résiste comme on peut aux charges brutales du troupeau nous encerclant. Les tubes défilent, on chante dans le tumulte, la respiration incertaine dans ces gigues de masses enchevêtrées.

 

L’heure passe vite, il n’y a aucun temps morts, les morceaux sont joués au millimètre près, à toute allure. On finit épuisés, reprenant notre esprit dans l’océan de boue comme une vieille algue putride rejetée par la mer. On redescend tranquillement de ce pinacle en liquidant nos derniers tickets boissons.

 

Bilan :

 

+

Bouffe diversifiée et à des tarifs pas trop scandaleux

Pas trop de bourrés, de temps en temps, c’est pas désagréable

La programmation équilibrée et avec quelques poissons rares

L’ambiance friendly

Quelques latrines sèches

Les navettes de retour, plutôt efficaces

La Desperado, alternative acceptable au verre d’eau et son sirop à la Heineken

La boue

 

-

Les files d’attente interminables pour les bracelets, tickets boissons, contrôles

Il manque un décalage de 10 minutes entre les concerts pour aller à l’autre scène

Des tickets boissons non remboursables

Les boissons à tarifs excessifs

Le parking trèèès loin du festival

Jean-Louis Aubert

La boue

Publié dans Concerts

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