Dans mon dos, ces paroles :
- ouais, Lou Reed, il est chiant en scène
- ouais
- moi, j’ai vu le Velvet en 72, à la fondation Cartier
- (silence consterné
des deux autres)
Dans mon dos, ces paroles :
- ouais, Lou Reed, il est chiant en scène
- ouais
- moi, j’ai vu le Velvet en 72, à la fondation Cartier
- (silence consterné
des deux autres)
La bouillabaisse rebelle, le Mojito révolutionnaire, la bière 100% certifiée anti-Sarko….les appellations séditieuses qui figurent devant les stands de communistes régions par régions, les chtis, les basques (2 commères en paréos multicolores dansent), une table ronde où les camarades s’interpellent à celui qui placera la sentence la plus féroce contre le gouvernement, l’odeur des chipolatas enketchupées dans un charnier de frites bien jaunes nuance personnage des Simpson, la fumée s’échappant dans les tee-shirts de la culture alternative avec son pape, son kurt cobain, son rimbaud-schwarzy : le Che, la figure christique du PC, le modèle, l’étendard à cheveux longs et au regard ténébreux…
Une bouteille de rouge du Gard à 4 euros. Ca ne se discute guère. Une tribune où des délégués dissertent sur la condition des postiers en ruralité, espèce en voie d’extinction. Un des 4 s’emmêle dans son argumentation, l’audience baille gentiment. A côté, une table de jeunes s’esclaffe et répète en braillant les phrases de l’orateur « Il faut…/Cela suffit/ce n’est pas une fatalité, etc. ».
C’est le grand puzzle foutraque et irréel du festival : des poussettes côtoient des ivrognes, des bourgeois s’y rendent pour un groupe, le reste, pour eux, c’est le zoo des prolos, et puis l’alcool et la bouffe sont à des tarifs ridiculement bas, donc pourquoi rechigner ?
Des saucissons, des choucroutes, des assiettes de charcutaille, des buches de chèvre, c’est le salon de l’agriculture couplé à la « Bolcho-Pride ». Un type s’affale dans les sacs poubelles, devant nous, des adolescentes chantonnent « Don’t Be Shy » des Libertines. Un petit stand. On entend les Kinks. Un petit groupe qui se déchaîne. Face à eux, 3 skinheads en rangers, tenue militaire, le billot au vent, se trémoussent, à côté, un grand zouave titube, la raie apparente, les yeux globuleux, la bouche ouverte, une grappe de lycéens hilare, deux ou trois dreadmen se remuent doucement…
Bashung a toujours joué sur son côté Gainsbourg, le problème c’est qu’à vouloir l’imiter, il a, à présent, la Gainsbarre’s touch. Pour une raison malheureuse (un crabe), certes [avant lui, Arno, qui doit avoir le foie comme un périnée de Hardeuse après 12 ans de carrière, après lui, « Monsieur Seringue Doherty », ca sent un peu la mort, non ? Heureusement, les Plasticines étaient là pour équilibrer la donne].
Il s’en sort royalement. Son groupe assure bien, il alterne de belles envolées poétiques à des complaintes, des histoires ; sans forcer, il impose une sacrée présence. Belle voix, belle musique.
Muni d’un animalcule spermatique, la libation urinaire n’est qu’insignifiante formalité. Sans ce sésame, point de salut devant les cabanes grises des gogues pour filles. Une vingtaine de minutes à attendre. On s’en jette 2 ou 3 avant d’aller s’empaler dans les 25.000 spectateurs. On papote avec une famille venant des Yvelines ; « nous, on renie complètement nos origines mais l’Huma, c’est l’Huma, il est génial ce festival, tant pis si ont est bourges ! ».
On rentre dans la fosse. On est face à la scène après 5 minutes. Ca commence. Entendu dans mon dos « Oh, il est trop beauu ! » Le public connaît les chansons par cœur. Un concert des Babyshambles, c’est l’hystérie collective, la foule bouge de tous les côtés et on s’engloutit dans des tentacules de masses chaudes, corps englués les uns sur les autres, bondissant ensemble au gré des accords, riffs et longs râles de batterie. Un set bien court mais punk comme il le fallait, la fosse s’est bien remuée, dans une bonne ambiance, un ou deux évanouissements et quelques crowd surfing mais rien de bien méchant.
On rentre pour ne pas avoir à supporter monsieur Chérie FM, le chanteur de Supertramp. Un petit détour par un petit groupe punk, 5 ou 6 escogriffes qui se sautent dessus. A côté, des manèges, ça chante, ça danse. Une jeune fille allongée, regarde les étoiles. Les bus se remplissent. Il fait nuit noire.
|
|
|