France - Angleterre (27 Mars 2008)

Publié le par Bardamu



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En route pour une joute footballistique amicale entre l’Angleterre et la France. Presque au même moment, Carla, déguisée en Jackie Kennedy et Nico, déguisé en Nico, se bâfrent de mignardises au château de Windsor, après un éloge économique, historique et social de Monsieur sur nos frères d’outre manche.

 

Une variété de ces frères attend avec nous sur le quai du RER D. ils s’enveloppent dans des drapeaux siglés de cette grande croix rouge. Ils chantent, pardon, braillent leurs hymnes dans les rames. Certains passagers se regardent, incrédules devant cette ferveur britannique.

 

Gare du Nord : encore une cargaison diligemment orientée par des intérimaires, grimaçant d’ennui et d’incompréhension face à ces troupeaux de braireux. Ca chante encore et encore. Les murs, les ponts, les usines, les installations électriques défilent, tous ou presque zébrés de graffitis difformes et multicolores.

 

Gare du stade de France de Saint Denis. La bonne senteur des merguez sauce blanche. Les baraques parfument le parvis où la foule s’engouffre à vive allure. Ca hurle, ca descend de la blonde ; des pauvres hères agitent des écharpes et des drapeaux français à 5 euros le spécimen. Un couloir souterrain pour traverser le périphérique hurlant. On se tasse, on se pousse, masse compacte troglodyte éclairée par une lumière blafarde et verte nuance galette de junkie. Ca devient vraiment difficile avec une nuée d’ados qui entonnent le refrain de Seven Nation Army (c’est très à la mode paraît-il). Le nouveau I Will Survive des gradins ? C’est Jack White qui serait content.

 

Le stade en contact visuel, enfin. Des minots rebeus s’égosillent « Chicken, Chicken ! » ; ils œuvrent au kebab familial improvisé avec papa à la caisse. Un Pub bondé. Sur un mur derrière un arrêt de bus, une banderole réclamant plus d’aide pour les immigrés. Personne ne la remarque. Désolé, on va être en retard pour aller voir des footballeurs millionnaires. Une entrée de chantier pour camions devient la pissotière générale. Le houblon ruisselle à gros bouillons par des dizaines d’urètres semi-congelés. C’est encore l’hiver.

 

3 petits français courent, l’un d’eux perd son billet. Un couple d’anglais le ramasse. Les rattrape. Un « thank you ». Et puis après : « Equipe de France ! Equipe de France ! » en agitant frénétiquement sous la trogne du serviable rosbif leurs écharpes et fanions. Il sourit. Ils en rajoutent une couche en le désignant du doigt : « England », et puis ils ricanent, le pouce tourné vers le bas…

 

20h30. Tribune sud. Derrière un but, presque tout en haut. On voit étonnamment bien l’ensemble. On n’a pas l’impression d’être trop loin de l’action. Echauffements des protagonistes. C’est plus difficile de distinguer les visages mais on devine Gerrard, Terry, Cole.

 

20.59. Une minute de silence pour le pauvre Thierry Gilardi. 49 ans et des poussières. On recense deux « bouuh » sur l’impressionnant silence des 75.000 spectateurs.

 

Ca commence. On est bien timide. On sent le match amical où personne ne force trop de peur de se blesser (c’est la tendance du moment comme l’attestent les absences de Benzema, Henry et Vieira). Ribéry est le seul à jouer tous les ballons comme si son existence en dépendait. De l’autre côté, Beckham est au centre du jeu. Ils dispensent de sublimes transversales, il décale. Il manque de vitesse, c’est sûr, mais ca reste un très bon distributeur. Gerrard porte le danger à 3 reprises. Frappe non cadrée. Tête peu appuyée. Ballon qui meure dans les bras de Coupet.

 

Sur les ailes, ca s’active. Anelka tourbillonne. Toulalan fait des gris-gris. Et puis, le premier met dans le vent les défenseurs pour se faire sécher par le portier anglais. Pénalty. Ribéry transforme à contre pied.

 

Ca commence à chambrer dans les tribunes. « On est à l’euro, on est à l’euro, on est, on est, etc. » Un fumigène rose nous exhale son âcre fumée. Devant nous, 4 jeunes turbulents trublions déchirent des pages du programme officiel pour en faire des avions en papier. Et les jeter en bas, sur les supporters anglais. C’est à l’aéropapelard qui ira le plus loin.

 

Mi-temps. Froid. Sandwichs à l’houmous. Commentaires avisés d’une fille derrière moi, telle une Marianne Mako de la grande époque. Froid.

 

Reprise. Ca s’emballe un peu plus. Crouch et Owen en remplacement. Les anglais ne percent pas le rideau défensif. Les français lancent pas mal de contres sur les côtés. Ca circule très bien. Anelka, Malouda, Evra. Clerc se troue quelques fois. Et puis Djibril s’échauffe. Ca chambre encore « Hé Cissé ! Carquefou, Carquefou, Carquefouuu ! » (C’est le club de 4ème ou 5ème ligue qui a éliminé les Olympiens en coupe de France).

 

Ce qui est étonnant avec les supporters francais, c’est la propension à siffler sa propre équipe, ses propres joueurs. Govou est conspué, Makélélé aussi, à l’annonce de Domenech avant le match, c’est la bronca (c’est vrai, il le mérite pour avoir amené une équipe en finale de coupe du monde après avoir laborieusement terminé les éliminatoires où tout les spécialistes – et il y en a dans ce pays – s’accordaient à leur confectionner pronto une robe en sapin). Enfin bref, c’est bizarre. Moins que le manque d’ambiance. Il y avait des moments de silence dans le stade. Aucun chant, peu d’émotions. On a dénoté 2 ou 3 « olas », cette vague grotesque de bras qui se lèvent. En voyant ça, les supporters anglais ont levé les bras et l’ont agité. Ce n’était pas le mime d’un joueur de violon tel Yehudi Menuhin mais plutôt l’imitation d’un culte voué à Onan. Et c’était bien imité.

 

Ribéry est au départ des accélérations de l’escouade, il est à la finition, il est celui qui peaufine les bonnes passes. Aligné avec Benzema, l’alliance risque de faire très mal dans les années futures. On verra bien. Pour l’heure, Cissé vendange une occasion et se met en position de hors-jeu dès qu’il en a la possibilité. Dommage, s’il avait marqué, il aurait placé ses bras en signe de croix. J’ai lu que c’était un signe d’amitié en direction de M. (Monsieur) Pokora. Dur de faire plus classe.

 

Fin de 92 minutes de jeu. On rentre. Le bétail s’avance en une colossale grappe. On retrouve notre couloir de la mort. Des anglais trouvent la force de chanter. On retrouve le RER, la station de métro du Chatelet. Sur le quai en face, un clodo s’enveloppe d’une large couche de couvertures. Il se couche sur le côté.

 

Ce matin, en descendant à cette même station, le clochard est au même endroit. Il s’est relevé et nous regarde.


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Publié dans Vie Vivante

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