Duchess Says [10 juin 2012 @ Le 106 - Rouen]

Publié le par Bardamu

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La chanteuse s’avance sur scène, deux canettes d’Heineken à la main, elle chaloupe une frêle silhouette, un visage adolescent au sourire timide. Investissant le centre de la piste, elle plante ses yeux dans la foule. Et le cyclone commence.

 

Un monumental mur du son derrière elle, fait d’une basse hors de contrôle, d’une batterie nerveuse et d’un synthétiseur furieux la supporte, la secoue, la soulève. Et elle ondule, les yeux clos, ruisselante de convulsions, respirant les ondes et les décibels chauffés à blanc. Des vagues renversantes, assourdissantes qui montent violemment en puissance.

 

Elle se cabre, bondit, rouvre les yeux, agite ses membres comme une possédée, elle a l’expression d’un fauve libéré de ses entraves et qui dégueule sa sauvagerie dans des chants de colère. Elle se livre à des incantations et des contorsions épileptiques dans un dialecte mystérieux, mélange de gazouillis d’oiseaux et de prière lovecraftienne à des divinités d’outre cosmos.

 

Plongeant dans le public, elle rend chaque spectateur unique en le toisant, le désignant du doigt ou du regard, hypnotisant un garçonnet, caressant la bouille pouponne d’un gothique hilare ou plantant une pupille canaille vers un teenager rougissant.

 

Courant dans la fosse, se projetant dans le tourbillon humain d’adorateurs pogotant, sa transe est communicative, chaque chanson passant, un peu plus de bras se lèvent, un peu plus de jambes se mêlent à la confiture bouillante de muscles des premiers rangs.

 

Allongée sur le ventre entre deux amplis, elle se fait shampouiner les tifs à la bière par une spectatrice zélée. Puis elle se jette sur la foule qui la porte à bouts de mains, déesse païenne hurlante, comme à l’agonie, comme luttant aux dernières secondes de sa vie. De rares zigues et ziguettes se hissent à elle pour partager sa folie avant de retomber et crowdsurfer dans l’allégresse générale.

 

Des acouphènes bien aiguisés striant les tempes, un coude en carafe, une chaussure qui s’est faite la malle, le tee-shirt trempé de sueur et le souffle broyé, nous quittons la salle. Heureux comme des gosses.

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Publié dans Concerts

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