Iceberg Slim - Pimp, Mémoires d'un maquereau

Publié le par Bardamu



Les mémoires d’Iceberg Slim, légendaire maquereau black des années 40, débutent ainsi :

 

« Ma mère travaillait dur dans une blanchisserie où on lavait le linge à la main. Ses journées étaient longues et elle avait engagé Maude comme baby-sitter à cinquante cents par jour. Maude était une jeune veuve. Etrangement, à Indianapolis, dans l’Indiana, elle avait la réputation d’être une fervente « Holly Roller », ces excités qui prient Dieu dans des transes collectives. […]

La seule chose qui me revienne en mémoire, c’est ce rituel répugnant. Je me rappelle vaguement, non pas les mots qu’elle prononçait, mais son excitation quand nous étions seuls tous les deux. Ce qui reste très vif dans mes souvenirs, en revanche, c’est ce trou noir, odorant, et les poils rêches qui me chatouillaient le visage. Je me souviens aussi très bien de ma panique quant, au plus fort de l’orgasme, elle enfonçait ma tête à coups répétées plus profondément encore dans ce gouffre velu. Je n’arrivais plus à respirer jusqu’à ce qu’elle exhale un long soupir. On aurait dit un énorme ballon noir qui se serait dégonflé en sifflant. Ses muscles alors se détendaient complètement et elle libérait enfin ma tête. Je me souviens de la douleur que provoquait la tension des muscles encore fragiles de mon cou, particulièrement à la base de ma langue. »

 

Iceberg Slim a trois an.

 

 

Le ghetto, les expédients misérables, la ségrégation, les larcins, les truands minables. Iceberg tire son surnom d’une règle d’or qu’il s’est juré : ne jamais perdre son sang-froid, même quand une bastos d’un soufflant vient de lui trouer le bitos. Pour se donner un peu de cœur à l’ouvrage, pas un pore restant qui ne soit imbibé de coke, et puis, il y a les conseils avisés d’un « sage poète de la rue », Glass Top, maquereau agrégé : arroser la police, couvrir un maximum de quartiers, fidéliser la clientèle mais surtout, savoir garder ses filles en manipulant leurs esprits…

 

« Ecoute bien, petit. Un mac se dégote une pute. Il lui fait croire que si elle reste avec lui en bossant bien pour lui remplir les poches, elle trouvera un jour au pied de l’arc en ciel un bon gros fauteuil dans lequel elle pourra s’asseoir confortablement jusqu’à la fin de ses jours en compagnie du bon petit mari que son homme sera devenu. Pour la convaincre de sillonner le bitume, il lui remplit la tête de châteaux en Espagne ;

 

Alors, elle devient le numéro un de l’écurie. Elle se défonce le cul pour éclipser les autres putes de la famille. Au début, c’est facile pour la fille d’être la vedette. Mais à mesure qu’elle vieillit et qu’elle enlaidit, elle doit faire face à des concurrentes plus jeunes et plus jolies qu’elle. Elle n’a pas besoin d’être très intelligente pour s’apercevoir qu’en fait, il n’y a pas de bon gros fauteuil au pied de l’arc en ciel. A ce moment là, elle commence à la trouver mauvaise et elle se met dans la tête que si elle parvient à virer toutes ces jeunes et jolies putes qui entourent son mac, l’arc en ciel pourrait bien finir par exister après tout. Et si ce n’est pas le cas, elle aura quand même réussi à se venger.

 

Quitter une pute, c’est une violation des règles du mac. Une fille comme ça devient une véritable bombe à retardement. Chaque jour, sa valeur marchande se rapproche un peu plus de zéro. Elle est vieille, fatiguée, dangereuse. Si le mac est un con, il va essayer de se débarrasser d’elle en lui collant son pied au cul. Dans ce cas, on est presque sûr qu’elle va le descendre ou s’arranger pour l’envoyer en taule. Mais moi, je suis un génie. Je sais que si une fille s’est fait ramoner par, disons, une dizaine de milliers de michetons, elle ne sait plus très bien où elle en est, dans sa tête. Alors, j’évite de lui montrer que je suis en rogne et qu’elle me dégoûte. Je lui parle comme un gentil psychiatre. Et au lieu de châteaux en Espagne, c’est de l’héro que je lui mets dans la tête.

 

Sa cervelle commence à partir en bouillie. Alors, je m’inquiète terriblement pour elle. Je commence à ajouter de la morphine ou de l’hydrate de chlore à ses shoots. Pendant qu’elle est dans les vapes, je l’asperge de sang de poulet, par exemple. Quand elle se réveille, je lui dis que je l’ai trouvée comme ça dans la rue et que je l’ai ramenée. Je lui dis « j’espère que tu n’as pas buté quelqu’un pendant ta crise de somnambulisme ». Je connais mille façons de faire péter les plombs, je l’ai suspendue à l’extérieur d’une fenêtre, au cinquième étage d’un immeuble. Je lui avais fait un fixe de cocaïne pure pour qu’elle se réveille accrochée à la fenêtre. Je la tenais par les poignets et ses jambes pendaient dans le vide. Elle a ouvert les yeux et quand elle a regardé en bas, elle s’est mise à hurler comme un bébé terrorisé. Elle hurlait toujours quand ils sont venus la chercher. Tu vois petit, je fais passer les affaires avant tout. Il n’y a pas la moindre once de haine en moi. »

 

C’est un grand voyage au bout de la nuit Humaine, complètement terrifiant. Roman d’apprentissage en manuel du mac débutant. Iceberg Slim louvoie entre les flics corrompus, la rude concurrence, les filles plus ou moins loyales, les prisons les plus sordides, les fringues sur mesures et Cadillacs rutilantes, les hôtels minables, les shoots à prendre aussi facilement que des tisanes à la camomille et puis essayer de survivre, au bout du compte…

 

« Pour être un bon mac, il faut être glacial, aussi froid que la chatte d’une pute morte. »  Sweet

 

 

 

Iceberg Slim – Pimp, Mémoires d’un maquereau

Collection « roman noir » - Points

 

Ps : A voir : Coffy avec Pam Grier

Publicité

Publié dans Livres

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article