Le Havre - Kaurismäki [2011]
Ce « Welcome » haut-normand a des contours féeriques très marqués : un ogre délateur (JP Léaud), une fée nourricière (et ce n’est pas un hasard, étrangère), un petit chaperon black et un vieil héros aussi fatigué que bienveillant.
Ce dernier prend la résolution d’aider son réfugié (Kaurismaki a choisi la ville du Havre pour la signification du mot). Sous son aile et avec le soutien de ses amis, il l’aidera à traverser la Manche et parvenir à bon port.
Bar PMU, boulangerie, épicerie, police : le casting des ces bons bougres déploie une belle confiture de trognasses burinées par la vie. Des physiques burnés aux guirlandes de rides, de bedaines et de mulets. Des gueules pleines de caractère qui ne dépareilleraient pas dans un Jeunet de la belle époque (pour l’occasion, je décrète une choucroute d’or à Little Bob, enfant rockeur du pays et guest de choix dans le joli quarteron des seconds rôles).
L’atmosphère un brin surréaliste de l’histoire souligne la bonté des petites gens et les sacrifices auxquels ils consentent de bonne grâce. C’est un parfum humaniste qui imprègne cet ensemble simple et naïf.
Ce qui gâte le goût cependant, c’est la manière de prononcer le texte car la façon dont les dialogues s’enchaînent manque outrageusement de naturel. Les dictions artificielles, sorties grossièrement, polluent les jeux d’acteurs comme les enjeux dramatiques. Est-ce délibéré ? Est-ce pour accentuer l’irréel de la fable ? Est-ce à la mode ? Cela modère assurément le kif.
Cela m’avait fait la même impression pour La Guerre est Déclarée. Au final, c’est navrant parce qu’on ne rentre pas de plein pied dans l’intrigue. Autre dommage collatéral : ça noie l’empathie qu’on a envie de ressentir pour ces personnages bons et généreux.