Prometheus [Ridley Scott]
On a eu de grandes, très grandes espérances pour cette préquelle. Après de longs mois, une longue et fébrile attente s’est alors achevée en se saisissant – enfin ! - du sésame et des binocles « sri-di ». Alors ? Quid de cette préquelle ?
Hé bien, c’est plutôt positif. Ridley n’imite pas grossièrement ses glorieux ancêtres (dont lui-même !) : Prometheus n’est pas le « monster-movie » de 1979, le festival d’action badass de James Cameron, la parabole intello-rébarbative de Fincher ou le ratage industriel de Jeunet. Non, toutefois il emprunte un peu à tous les chapitres dans une sorte de synthèse parfois approximative, parfois incohérente mais toujours dans l’esprit de la saga.
L’Histoire :
Le début de l’intrigue fait bien des mystères mais contourne la question de l’alien de manière indirecte, à une échelle bien plus vaste et par un questionnement vertigineux : l’origine de l’humanité.
Partant d’une théorie assez connue, celle des astronautes (la vie sur Terre a commencé grâce à l’action d’extraterrestres), les scénaristes – dont le très détesté Lindelof, qui a sévi sur Lost et dont moult fans lui reprochent la fin en queue de poisson et le manque de réponses à tous les énigmes de la série – les scénaristes, donc, mènent un équipage de scientifiques en un lieu peu hospitalier : un astre perdu aux confins de l’espace, abritant un vaisseau abritant des vases abritant une substance noirâtre abritant un virus monstrogène.
Elizabeth Shaw (Noomi Rapace) est le personnage principal. Elle campe une archéologue aussi coriace que déterminée. Elle suit les traces de la déesse au lance-flammes Ellen Ripley en étant affublée des mêmes caractéristiques : courageuse, droite et à fleur de peau. Elle s’oppose à David, l’androïde de service, incarné par le très « Bankable » Michael Fassbender.
Sa fascinante prestation casse la baraque et n’a pas à rougir en comparaison d’Ian Holm et Lance Henriksen. De son jeu et de ses mouvements, émane toute l’ambiguïté inquiétante d’un être synthétique obéissant à des directives officielles, officieuses et peut-être aussi personnelles. Car il jette également le doute sur sa condition : possède-t-il le libre-arbitre d’un « humain » ? Peut-il entendre le concept de l’âme malgré ses circuits électroniques ?
Comme les humains se lancent dans cette expédition pour aller à la rencontre de leurs créateurs, David, lui, évolue au milieu de ses géniteurs. Cela instaure une mise en abîme et une épaisseur supplémentaire à la thématique des Créateurs-Architectes de races et de mondes.
Au-delà des seconds rôles, très inégaux, on a du grand et du beau spectacle : des décors artificiels et naturels splendides (ah l’Islande), des scènes épiques, des bastons, du visqueux, des effets spéciaux réussis et des accessoires (costumes, armes, véhicules) assez classes (toujours un risque accru de kitsch avec la science-fiction, voir le récent John Carter par exemple).
Des fois aussi, on crie au scandale, parce qu’ici, le scénario s’enlise dans 2 ou 3 passages pas crédibles pour un sou, parce que là, une grosse baisse de rythme et des choix illogiques des protagonistes alourdissent le fil narratif.
Mais au final, c’est un film qui reste. Son statut hybride de « Blockbuster intelligent d’action » génère énormément de questions, chatouille l’imaginaire, créant du pourquoi et du comment tout en respectant un cahier des charges hollywoodien assez classique…
Il a une fin très ouverte aussi, présageant d’une suite moins radine en révélations (même si avec un scénariste de Lost à la plume, on n’attend plus grand-chose de crainte d’être déçu).
En bon fan d’Alien, on guette et déguste la moindre référence à la mythologie d’origine, on goûte le graphisme, les couleurs froides et désolées de la planète, les formes menaçantes faites en galbes de métal rappelant si bien le style bistre et morbide d’HR Giger.
Il faut également goûter les références au christianisme et à la légende Grecque de Prométhée, plus ou moins évidentes : le feu, les ventres qui s’ouvrent, la crucifixion, le sapin de noël. De la foi chrétienne au foie dévoré, il n’y a qu’une lettre de différence, après tout.
Cependant, une fois le générique passé, une autre attente interminable commence : celle de la sortie DVD dont le « Director’s cut » contiendra une vingtaine de minutes supplémentaires. Même s’il persistera sûrement d’autres interrogations avant une hypothétique suite, il faudra absolument le visionner. Pour le moment, les voies des « architectes » restent impénétrables.