Shame -[2011]
Le type est plutôt beau gosse. Il a son appartement à New-York, il gagne bien sa vie. En apparence, un costard-cravate de plus dans la foule. Pourtant, il est englouti par un mal insidieux qui lui broie l’entre-jambe.
C’est un mal qui peut le saisir partout et à tout moment. Dans le métro, devant cette belle inconnue qu’il contemple avec insistance, sur internet avec cette strip-teaseuse en streaming, et même au bureau dont il investit les toilettes pour se palucher un coup entre 2 réunions. En lui, dans ses tripes, l’envie, le besoin de jouer le chien truffier sous les jupons des friponnes.
Le sujet de ce monomaniaque du Mont-de-Vénus ne prête pas aux railleries. La souffrance est palpable, l’isolement et l’incompréhension, évidentes.
Fassbender a la tête de fou qui convient pour le rôle, portant sur lui un regard d’enragé contrarié, réfrénant violemment et en silence ses montées de sève. Ses yeux, sa gestuelle, ses éclats de voix sont en adéquation parfaite avec la fièvre, les pulsions qui le ravagent.
Il y a peu de dialogue et pas mal de style dans la mise en scène, qui, en plus, est rythmée. Le second rôle est campé par Carey Mulligan (impeccable actrice vue dans Drive, petite bonne femme à l’air fragile et brûlée du bulbe aussi). Chanteuse jazzy un peu paumée, elle est la sœur du monsieur obsédé, mélancolique et tourmentée.
Autour de l’addiction du héros, les personnages se rencontrent et se ratent ; on se renifle, on se cherche, on se perd, on s’agresse. Le climax du film, dans la dernière partie de l’intrigue est une lente, cruelle et magnifique descente dans l’abîme.