Tokyo ! - Extrait d'un entretien avec Léos Carax

Publié le par Bardamu







Dans les Inrocks de cette semaine (belle photo du "futur" Gainsbourg), un entretien avec Léos Carax, à l'occasion de la sortie de Tokyo ! un film collectif segmenté en 3 parties, pour trois réalisateurs différents (Michel Gondry et Bong Joon-Ho, connu ici pour Memories of murder et The Host).

Son histoire s'appelle Merde.



Comment l’avez-vous imaginé ?

 

Un mauvais jour que je marchais seul sur le boulevard Sébastopol. Il y avait beaucoup de monde, tout était gris. J’ai eu cette vision d’un type sortant d’une plaque d’égout, qui avancerait parmi les passants et zigouillerait tout le monde. J’ai probablement imaginé que c’était moi qui faisais ça. Mais très vite, j’ai pensé qu’il ne fallait pas que ce soit un homme mais une créature, une créature d’une civilisation disparue, qui ne puisse pas du tout communiquer avec le reste de l’humanité. Merde, c’est l’immigré absolu. On lui dit : « Notre pays, tu l’aimes ou tu le quittes. Personne t’a forcé à venir vivre parmi nous. » Et lui répond : « Si. Mon dieu me pose toujours parmi ceux que je hais le plus. »

 

Comment avez-vous construit la langue que parle Merde ?

 

Elle s’appelle le merdogon. Je l’ai d’abord inventée seul, puis on y a travaillé avec Denis Lavant et Jean-François Balmer. Un grand plaisir. La langue a maintenant sa syntaxe et contient une centaine de mots. On a écrit des chansons avec Denis en merdogon, on est en train de les enregistrer, avec aussi Alison du groupe The Kills, et on tourne des clips. Certains mots merdogons ont été inventés pour leur pure sonorité, d’autres sont trafiqués à partir du français, du russe, de l’anglais ou d’un dialecte africain. Le mot pour dire « femme » par exemple, est « kondjo », c'est-à-dire Joconde, en verlan. Et puis, après avoir inventé la langue de Merde, il a fallu aussi inventer la tête de Merde, le costume de Merde, la vie de Merde.

 

Merde est un drôle de titre…

 

J’ai toujours aimé le mot, comment il sonne. Et c’est pratique : les gens pourront dire « T’as vu le Merde de Carax ? », ou bien « T’as vu la merde de Carax ? » Et Merde, c’est un bon titre pour une farce, ce genre dramatique qui date de l’Antiquité et qui a donné, en France, Gargantua et Pantagruel, Le Bourgeois gentilhomme, Ubu, Zéro de conduite, ou le Guignol’s Band de Céline.





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Publié dans Cinéma

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