Puzzle de Woody Allen
Le Palais Royal et ses ouvreuses : une petite blonde au sourire crispé nous conduit aux fauteuils de corbeille gauche du 2ème étage de cette sublime salle, petite sœur de la Comédie Française, située à deux pas. Nous, appréciant béatement les dorures, gravures, sculptures fines du plafond, nous dirigeons vers nos sièges.
« Par contre, nous ne sommes rémunérés qu’au pourboire »
Quelle sécheresse dans la voix, quelle déflagration bilieuse dans ce constat !
On est un peu sonnés par cette grossièreté, et en même temps, miséricordieux pour ces figures graves et fermées plaçant les spectateurs et les ponctionnant de leurs fonds de poches parce que leurs employeurs ne daignent pas investir quelques deniers dans leurs diligences.
Nous allons voir Puzzle de Woody Allen. Comédie sarcastique sur une famille américaine ou « comédie psychanalytique » dans l’après guerre. La fille indigne est la narratrice. Elle parcourt l’Europe, les livres, les braguettes des hommes, les boulots insipides, fuyant la névrose familiale : un père tenant une petite affaire bijoutière, ruiné, maugréant le souvenir d’une maîtresse qu’il a dû consentir à abandonner, tiraillé entre ses responsabilités et son ennui abyssal : sa femme, dévouée et le frère de icelle, producteur parvenu dans les hautes sphères hollywoodiennes, accompagné de sa secrétaire pour qui le fils (digne celui-ci) éprouvera quelque faiblesse.
On se court après, on se rappelle aux bons (et mauvais) souvenirs du frère, de la sœur, de la fille. On comprend une trame chronologique avec des retours en arrière sur cette scène intelligemment agencée : un cercle tournant : un lit, une table, le décor d’un appartement humble, un bureau d’agent. Michel Aumont carambole les histoires en patriarche dépité, grognon, furibard. Et l’argent domine les débats. Abandons, ruptures, confessions, rancœur. L’humour cruel et moins absurde que d’habitude de Woody Allen rend presque tous les personnages mauvais. Les autres, les rares êtres vaguement désintéressés se résignent : la femme, la fille et la bru concluent sur des notes pessimistes la pièce.
Contraste avec les accords primesautiers jazzy, les scènes faussement badines et les saillies verbales d’une narratrice résignée, tout concorde pour nous offrir une très belle comédie douce-amère.
Une brève description du Palais Royal (www.au-theatre.com) :
Construit en 1783, le théâtre du Palais Royal est reconnu comme étant l'un des plus beaux théâtres de Paris. On y accède par les jardins du Palais Royal, bordés par de majestueux immeubles et proposant de nombreux cafés. L'intérieur même du théâtre est somptueux, les escaliers, le bar avec les portraits des grands acteurs qui ont fait la réputation du lieu, même l'ascenseur d'époque est magnifique. Une balade dans le théâtre durant l'entre acte fait partie du plaisir de la soirée. La salle est emplie d'une atmosphère très "théâtre", mais Dieu que les rangées de fauteuils sont serrées. (C’est vrai, en mesurant 1,80 sans être courtaud, j’ai souffert le martyre)
Le Site Officiel : http://www.theatrepalaisroyal.com/