Cat Power au Bataclan - 21.01.2008
Appaloosa en première partie de Cat Power. Duo franco-berlinois tendance "eighties électroïdes". Elle parle de Berlin d’une voix syncopée. Elle parle d’une amie transsexuelle avec qui il est bon de prendre un thé, elle parle d’Anita, sorte de foxxy poupée sur rollers qui investit alors la scène d’un sourire bienheureux et d’un physique facile, elle parle de plein de trucs mais ne chante pas.
Hé oui, l’unique ordinateur produisant de la musique est en panne. Il faut le redémarrer. Cela prend 2 minutes. C’est très long 2 minutes quand on est sur scène. Max, le DJ berlinois, avec sa tenue BCBG d’étudiant en 3ème année de biologie s’est à peine trémoussé (l’ordi a lâché au bout de 7 minutes). Il regarde, dépité, son écran de démarrage Windows. Elle, elle plane et raconte un peu n’importe quoi. Les premiers sifflets retentissent. Un « A poil, Anita ! » fuse, un « Vire Max ! » y répond. 3, 4, 5 minutes. Toujours rien. D’autres sifflets, plus nourris. Anita intervient. Elle émet un sourire crispé. C’est la minute brune montée sur rollers. On a mal pour eux. En désespoir de cause, la chanteuse se lance dans des versions à cappella, une portion du public l’encourage. Et puis, le beat repart…pour 4 minutes. Nouvelle pause. Nouvelle mine contrite de Max. Elle commence à perdre sa nonchalance, s’excuse encore et encore, bravant les quolibets…
Et puis ca remarche quand même, et puis elle chante alors. Paroles en français évoquant une Brigitte Fontaine mal lunée. Couvrant ces paroles absconses, une électro pop qui peine à décoller. Le son n’est pas assez fort. Quelques minutes interminables et puis ils repartent…
Aujourd’hui, ils achèteront un Apple…
Aujourd’hui, ils achèteront un Apple…
Cat Power arrive sur scène après une brève introduction bluesy de ses musicos : le batteur et le bassiste sont en retrait, ils arborent une mine de superbe indifférence, le pianiste ressemble à un membre des Horrors, le guitariste, à Viggo Mortensen dans Le Retour Du Roi. Et puis Cat, avec sa petite queue de cheval, entame le débat en une belle mimique de souffrance, et de sa gorge rauque, cheminée calcinée qui a subi les combustions éthyliques de marées de Whisky. Est-ce encore le cas ? Plus vraiment semble t-il, ou alors pas avant le concert. Elle a l’air sobre. Et, plus étrange, épanouie. Le minimalisme sublime de You Are Free, c’était un abysse de désespoir ; avec The Greatest, ca allait mieux, elle avait un groupe derrière elle et ses chansons semblaient moins accablées. On ressent beaucoup moins de mélancolie, ce soir, au Bataclan (belle salle, soit dit en passant).
Sur les planches, elle sautille, elle se cabre d’un seul coup pour souligner le grincement d’une guitare, invente une chorégraphie surréaliste des bras pour ponctuer des pointes de batterie, danse, sourit, implose et explose de sa voix brisée. Elle chante surtout son dernier album : Jukebox. Un album de reprises (très en vogue ces temps-ci : Paul Anka, Patti Smith…). Sinatra passe en version rock avec New-York, New York. Et puis aussi Joni Mitchell ou encore Billie Holiday. Elle ne joue pas d’instruments, se laissant porter par son dévoué orchestre, incarnant une tigresse folk qui pratique de brèves incursions rock en de subtiles et maîtrisées déflagrations électriques.
Un salut d’artiste prolongé avec lancers de fleurs (c’était son anniversaire) et lancers de set-lists. L’audience est en extase. Elle aussi, apparemment. Ce soir, on peut la croire sortie de l’abîme.
Espérons semblable issue à Amy Winehouse.
ps: quelques photos et une courte review du concert ici:
http://www.photosandgigs.com/blog/?p=112
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