Des Fleurs Pour Algernon - Daniel Keyes
Charlie Gordon est un « innocent » à moins de 70 de quotient intellectuel, balayeur dans une boulangerie, souffre douleur de ses collègues, abandonné de sa famille…mais pourtant, assez motivé pour suivre des cours du soir avec une psychologue, dans un institut spécialisé.
Des savants viennent le voir et lui présentent une souris, Algernon. Une souris devenue supérieurement intelligente après une de leurs expériences. Ils proposent de l’opérer, lui aussi, le premier cobaye humain à se faire triturer les méninges pour accéder à la « lumière » (la métaphore platonicienne du mythe de la caverne est utilisée plusieurs fois dans le livre).
Il lui faudra rédiger des comptes rendus pour montrer la lente évolution, l’éveil progressif de son cerveau vers une lucidité élargie, une clairvoyance, une créativité, une mémoire phénoménale. Ils vont faire de lui un génie.
Au début, Charlie écrit un peu comme un collégien de 13 ans sur son Skyblog (non, en fait, un peu mieux), puis peu à peu, son orthographe s’améliore. Et puis, il comprend les sous entendus, les allusions, les références, il retient de plus en plus, il calcule des opérations de plus en plus complexes…
Mais il se heurte à l’invisible, l’abstrait : l’inconscient, le sens artistique, et le plus difficile pour lui : les sentiments humains. Lui, qui a vécu comme « une bête » auparavant (il se lie à la souris d’autant plus), doit grandir émotionnellement autant qu’intellectuellement. Il peut écrire un concerto et parler une douzaine de langues mais perd toute ses facilités face à une femme dont il s’éprend. Il a le comportement mental d’un adolescent.
Ses souvenirs de petite enfance reviennent le hanter. Il s’efforce de les démystifier, de prendre du recul, apprend à les analyser…la jalousie de sa sœur « normale », ne supportant pas le traitement de faveur, sa mère, l’emmenant chez des charlatans pour qu’il devienne un garçon comme les autres, son obsession de le cacher à la vue des voisins, les violentes disputes avec son mari quant à l’attitude à adopter pour le meilleur de leur enfant…
Charlie comprend aussi la médiocrité humaine. Les professeurs d’université ratiocinant leurs petites spécialités jusqu’à l’absurde, et ne connaissant rien d’autre, ses ex-collègues de la boulangerie, qui profitaient de lui pour se sentir puissants, même les savants qui le chaperonnent se font démystifier par ses sens aiguisés ; car Charlie a changé. La solitude des surdoués l’a rendu égocentrique, capricieux…
Ses mues diverses s’opèrent avec plus ou moins de réussite quand Algernon, la petite souris, montre des signes d’affaiblissement. Crises de paniques, pertes de l’orientation, syndromes d’appauvrissement cérébral…est-ce le même sort qui l’attend ?
L’histoire entreprend alors le virage le plus dangereux de sa narration. Celui où le narrateur entrevoit l’issue finale. Où tous ses conflits s’entrecroisent en une apocalypse mentale, une implosion de mélancolie, d’abandon, de courage…